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Mai 1968: la libération sexuelle ou de l'asservissement animal.

L'enterrement de l'amour
(Par Jacques de Guillebon et Falk van Gaver)


Vivre sans temps morts et jouir sans entraves. Ce slogan programmatique de Mai 68, si séduisant et si facile, est entré en application progressive depuis quarante ans: nous avons eu la contraception, l'avortement, l'amour libre, la facilitation du divorce, la diffusion du concubinage, la reconnaissance de l'homosexualité, etc., autant de "libérations" qui ont montré et montrent toujours davantage, à mesure que le processus s'accélère et entraîne tout sur son passage (selon le fameux effet "boule de neige", la dynamique de l'emballement idéologique), ses effets pervers. Misère morale, misère sociale, misère affective, misère sentimentale, misère sexuelle, misère amoureuse.


Le grand mensonge de la libération sexuelle a mené à l'aliénation sexuelle, de même que l'illusion de l'émancipation de la femme a conduit à sa chosification barbare et marchande. Du féminisme à l'étalage pornographique, le raccourci est saisissant . Du "jouir sans entraves", on est vite passé au "jouir sur commande", zappette en main. Et puisque Thanatos n'est jamais loin d'Eros, voyons où nous mène le "vivre sans temps morts": suicide, euthanasie, culture de mort. Mort, où est ton dard, où est ta victoire? Aujourd'hui, partout, dans toutes les interstices de la vie, jusqu'à l'intimité sexuelle où ce qui donne la vie est changé en ce qui cause la mort.
Mais sans doute, le désastre n'étant pas assez complet, il faut aller plus loin, toujours plus avant dans l'émancipation de l'humanité de l'oppression biologique qu'elle subit: gender studies (études de genre) à l'appui, soutenons le droit au transsexualisme, garanti par la loi et remboursé par la Sécurité sociale... Et ainsi, de nihilisme en nihilisme, parviendrons-nous à affranchir l'humanité du dernier obstacle à sa liberté: elle-même. "Au nom de rien on supprimera l'homme;
On supprimera le nom de l'homme;
Il n'y aura plus de nom;
Nous y sommes
." (Armand Robin) Un demi-siècle qui a commencé par déclarer que "la langue est fasciste" (Roland Barthes) ne peut que finir par trouver fasciste la condition humaine elle-même - cette contrainte insurmontable. Le sexualisme soixante-huitard, l'idéologie sexuelle de la société de consommation, sous ses appels à la jouissance et au plaisir, révèle sa vraie nature: un nihilisme négateur de la chair, de sa beauté propre comme de ses servitudes. Une aliénation déguisée en émancipation - une fois de plus. Une négation grimée en affirmation. De "l'esprit qui toujours nie", le oui est encore un non. Le pansexualisme contemporain est tout sauf une défense et illustration du sexe, du plaisir, du désir, de la jouissance. Il est leur réduction à un subjectivisme consumériste, à une mécanique hédoniste vouée à l'insatisfaction et à la perversion. L'érotisme spectaculaire de l'époque n'est qu'une pornographie vénale.
Voici le temps du sexe triste et du coït solitaire - plus solitaire encore à mesure qu'on multiplie les partenaires. Masse et solitude vont de pair. En toute chose, on a congédié le visage, la personne, le temps, la durée, l'attente, le don sans retour, l'engagement, la fidélité - on a cru libérer le sexe, on n'a fait que licencier l'amour. Lui préférant la fausse intensité d'expériences passagères qui sont autant d'échecs, Quantité n'a jamais remplacé qualité.


L'idéologie hédoniste et son impératif catégorique de jouissance - voire de performance -, voilà le grand tue-l'amour de notre temps. "Je jouis, donc je suis". Le nombrilisme a toujours existé, mais jamais il ne s'est autant affiché, glissant sous la ceinture qui plus est. Narcisse aujourd'hui ne mire plus son visage - mais son vit, oh qu'il est petit! Mai 68, ou l'enterrement de l'amour.
On se souvient que Léo Ferré chantait Amour anarchie. Mais on a oublié que le pouvoir libérateur de la passion ne s'exerce que s'il existe des normes à dépasser. Aujourd'hui, on cherche ces normes en vain. Tout est permis et donc rien n'est amoureusement possible. Le coeur n'a plus de raisons secrètes quand la raison s'est affectée.
Dans un monde en totale ébullition, où les hommes cherchent sans arrêt à s'oublier dans le divertissement, l'amour ne pourra se perpétuer, et avec lui l'âme humaine, que s'il redevient ce qu'il est, c'est-à-dire le fondement stable et indestructible de notre humanité. Le paradoxe est qu'il ne suffit pas pour cela que d'un mot et du courage de s'y tenir. Bernanos écrivait, il y a maintenant longtemps: "Je voudrais que la jeunesse de France fasse le serment de ne plus mentir." Ne serait-ce pas le moment, ne serait-ce pas la tâche de cette génération?



L'héritage de Mai


On n'a pas fini d'entendre parler des quarante ans de Mai 68. J'avais 5 ans. Mais j'ai le souvenir que mon père, qui avait délaissé sa Sicile natale dans un état de désolation, ne comprenait guère ce qu'il appelait une révolte de petit bourgeois. Je ne reconnais qu'un seul mérite à ce mouvement, c'est d'avoir introduit, en effet, des espaces de liberté individuelle dans une société corsetée. Avec le recul, la génération de Mai 68 fut bénie des dieux. Les leaders les plus charismatiques du mouvement de Mai 68 ont mangé la soupe capitaliste des "trente glorieuses" dans laquelle ils n'ont eu de cesse de cracher au nom d'une critique hystérique du capitalisme. Ils ont rejeté des parents qui avaient connu les privations, la guerre et la souffrance. Ils ont laissé pousser des enfants sans cadre sous prétexte de ne rien interdire et d'expérimenter des méthodes pédagogiques progressistes. les porte-parole de cette génération gâtée, non contents d'avoir profité de cette miraculeuse conjonction d'avantage, terrorisent toujours les âmes. Et ceux qui ont le malheur de ne pas se conformer à ce format sont immédiatement traités de fascistes ou de réactionnaires. Et pourtant, ils devraient faire preuve de plus de modestie. D'abord, ils sont totalement trompés dans leur lecture de l'histoire, cautionnant les pires régimes politiques. Ensuite, pour la première fois dans l'histoire de notre pays, une génération a été incapable de transmettre le flambeau de la prospérité, la croyant acquise. Quelle dignité peuvent avoir les parents qui laissent des factures à leurs enfants alors qu'ils ont eux-mêmes hérité d'un véritable trésor? Car ils sont nés dans un pays riche et ils laisseront un pays en voie de sous-développement. Mais ils n'auront jamais le courage de l'admettre et ils sauront toujours trouver des boucs émissaires: c'est la faute au grand capital! Diantre, quelle trouvaille pour ces esprits pétris de dialectique et ces experts en langue de bois. Par pudeur, au lieu de célébrer dans la rue cet anniversaire pittoresque, taisez-vous enfin, cessez de donner des leçons!
Jean-Louis Caccomo.



Des dégâts immenses

On ne cesse d'entendre parler de 68 et de ses innombrables bienfaits. C'est en oublier tous ses méfaits, à commencer par les dégâts immenses qu'il a provoqué sur l'éducation nationale, avec ce refus de la transmission des connaissances, de l'autorité et de la sélection. On n'a pas fini d'en payer la facture, ou plutôt nos enfants et nos petits-enfants.
F. Michel.


Mai 68 est toujours là

Beaucoup de personnes pensent que 68 est oublié, passé par pertes et profits, que tout est rentré dans l'ordre. Quelle erreur! Si tout le monde s'est plus ou moins converti à l'économie de marché, que dire du point de vue social: l'esprit de Mai continue de régner en maître.
V. Chanet.


Cette série d'articles est parue dans le Valeurs Actuelles de la semaine du 11 au 17 avril 2008.
Mai 1968: la libération sexuelle ou de l'asservissement animal.

# Posté le vendredi 09 mai 2008 04:20

Modifié le vendredi 23 mai 2008 15:38

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