« Ne croyez pas ceux qui vous disent que la jeunesse est faite pour s'amuser ; la jeunesse n'est pas faite pour le plaisir, elle est faite pour l'héroïsme » P. Claudel
Bien chers amis,
Certains d'entre vous seront peut-être étonnés de voir un prêtre adresser une telle lettre aux jeunes alors que le carême se termine. En voici la raison, sous forme de calendrier :
Samedi avant le dimanche de la Passion : soirée
Vendredi avant les Rameaux : soirée
Samedi avant les Rameaux (et donc début de la Semaine Sainte) : soirée
Il s'agit bien sûr uniquement de l'avant-dernière semaine de carême : étant généralement d'un tempérament optimiste, je n'ai pourtant aucune illusion sur les semaines précédentes, sachant même qu'il y a déjà eu des soirées organisées par des catholiques... le Vendredi Saint !
Je ne reviendrai pas sur le débat classique « pour ou contre les soirées, pour ou contre les rallyes, etc. » Un confrère et ami de Nantes a déjà publié un excellent texte à ce sujet, et j'y souscris totalement. D'ailleurs, sans être devin, je puis imaginer qu'un petit curé de campagne, qui vécut à Ars voici près de deux siècles, doit y adhérer lui aussi du haut du Ciel.
Je voudrais pour ma part vous inviter à réfléchir, d'une manière plus générale, sur le sens de la vie chrétienne pour un jeune catholique en 2008.
En effet, il serait trop facile de se confiner dans un petit bocal confortable et « religieusement correct » : je vais à la Messe tradi, je suis même peut-être scout, j'ai un Sacré-C½ur ici, une fleur de lys là, je vais aux cours de caté, parfois même à la Messe de temps en temps en semaine... donc d'une part je suis en règle avec le Bon Dieu, et d'autre part je ne suis pas loin d'imaginer que je suis le meilleur.
Pensez bien que le grand danger qui vous guette, c'est la piété de façade, le « vernis catho », le simulacre d'une existence chrétienne basée sur les apparences. C'est d'estimer que l'on peut concilier la vie mondaine et la vie intérieure, et finalement (tôt ou tard) les ténèbres avec la lumière, autrement dit le péché et la grâce. Si le Christ avait été un homme de compromis, il ne serait pas mort sur la Croix !
Relisez la parabole du pharisien et du publicain : vous y voyez un homme qui limite sa piété à l'accomplissement de préceptes. Vous y voyez un autre qui veut vivre sa relation à Dieu dans la cohérence et dans la sincérité. Lequel d'entre eux êtes-vous ? Avez-vous cette unité de vie qui a toujours été la caractéristique première de tous les saints que l'Eglise nous montre en exemple ?
Le Seigneur, nous le savons bien, n'aime pas les demi-mesures, il n'aime pas la tiédeur, il n'aime pas la grisaille, il n'aime pas le respect humain.
Il n'a que faire des jeunes qui se limitent à une piété formaliste, fade, et qui est bien souvent hypocrite : par exemple, avant de communier, combien se posent la question de savoir s'ils ont assisté à la Messe avec attention et respect, ou s'ils sont en état de recevoir le Corps du Christ ? Etre honnête avec Dieu, c'est la meilleure façon d'être honnête avec soi-même et avec son prochain.
Il n'a que faire des jeunes qui n'ont pas le courage de refuser une invitation pendant le carême, et qui ont peur des ricanements de leurs amis ou de leur « milieu ». Vous craignez qu'on se moque de vous, vous redoutez qu'on vous traite de « coincé » ou de « rigoriste » ? Regardez donc un crucifix, et cherchez au fond de votre c½ur à qui vous voulez ressembler.
Si, pour vous, le carême se limite à marmonner machinalement une petite prière avant de vous coucher, à fumer huit cigarettes par jour au lieu de dix, à passer trois heures par jour sur internet au lieu de quatre, ou plus globalement à choisir des privations qui ne vous coûtent pas, alors ne venez pas vous plaindre si par la suite votre vie est maussade, si votre âme ne monte pas vers les sommets, ou si vous avez l'impression que Dieu est injuste lorsque vous êtes en face de l'épreuve, de l'obstacle ou de l'échec. A Celui qui a donné jusqu'à sa propre vie pour vous sauver, aurez-vous essayé d'offrir ne serait-ce qu'un seul sacrifice digne de ce nom (pas celui qui vous arrange, mais celui qui Lui plait)? Il est bon de penser souvent à cette inscription trouvée sur un vieux calvaire, et qui s'adresse à chacun d'entre nous :
« Je suis la Lumière, et vous ne me voyez pas...
Je suis le Chemin, et vous ne me suivez pas...
Je suis la Vérité, et vous ne me croyez pas...
Je suis la Vie, et vous ne me cherchez pas...
Je suis le Chef, et vous n'obéissez pas...
Je suis le Maître, et vous n'écoutez pas...
Je suis l'Ami, et vous ne m'aimez pas...
Je suis votre Dieu, et vous ne me priez pas...
Alors, si vous êtes malheureux... ne m'en veuillez pas ! »
Dieu merci, il y a des jeunes qui, semblables à saint Jean, sont prêts à suivre le Seigneur jusqu'au pied de la croix. Il y a des héritiers de Baden-Powell, de Guy de Larigaudie, de Pier Giorgio Frassati, du général Mac Arthur («On ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain nombre d'années : on devient vieux parce qu'on a déserté son idéal.»)
Samedi dernier, pendant que certains dansaient et pensaient à tout sauf au Bon Dieu, d'autres sont venus regarder le film de Mel Gibson sur la Passion, et ont ensuite adoré le Vrai Dieu dans l'ostensoir. Plusieurs parmi eux ont même reçu le sacrement de pénitence. Il est clair que le Seigneur, tôt ou tard, saura les récompenser de leurs efforts, de leur ferveur et de leur persévérance :
« C'est bien, serviteur bon et fidèle, en peu de choses tu as été fidèle, sur beaucoup je t'établirai ; entre dans la joie de ton Maître » (Mt. 25,23).
Beaucoup d'entre vous iront sans doute ces prochains jours aux offices de la Semaine Sainte. Je souhaite, en tant que prêtre, y accueillir de nombreux participants qui veulent s'unir au Seigneur en esprit et en vérité, et non des spectateurs distants qui seront passés à côté de l'essentiel.
Il est grand temps, ne pensez-vous pas, de quitter la cohorte déjà trop nombreuse des chrétiens médiocres, et de rejoindre le Bon Dieu avec toute l'exigence que cela comporte, mais en pensant aussi à toute la liberté qu'Il vous accordera sur la terre et à tout le bonheur qu'Il vous procurera au ciel.
« Vous êtes le sel de la terre. Si le sel devient fade, avec quoi le salera-t-on ? Il n'est plus bon à rien qu'à être jeté dehors et piétiné par les hommes. » (Mt 5,13)
Que Notre-Dame nous aide à suivre toujours plus fidèlement Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie.
Bonne Semaine Sainte à tous !
Abbé Philippe Jouachim, FSSP.
Je rajouterai quelques propos à cette lettre, à laquelle, ma foi, j'adhère totalement. Comme vous le voyez, j'ai mis en image la couverture du film de la Passion du Christ de Mel Gibson. Et ce choix est parfaitement voulu, car j'entends déjà parmi vous les petites critiques et les grands verbiages, les petites colères et les grandes contestations. Ici, je m'en vais tuer dans l'oeuf toutes ses revendications que je trouve totalement vidés d'un hypothétique sens.
J'ai vu en tout et pour tout trois fois ce film, que je trouve remarquablement bien fait. Je l'ai vu dès sa sorti en 2004, j'avais 14 ans, et je n'ai pas été le moins du monde choqué par ce qu'il y avait dans ce film, au contraire, j'en suis ressorti renforcé, comme transcendé, même si je n'avais encore jamais autant pleuré devant un film. Je l'ai vu l'année d'après, lorsqu'il est sorti en dvd, puis je l'ai revu encore une fois avant-hier, pour le Vendredi Saint (jour symbolique de la Passion et de la Crucifixion de Jésus Christ) car, étant malade, je ne pouvais aller à la messe. Je n'ai noté que deux détails digne de contestations: le premier est le nombre de fois où Le Christ chute: dans la Bible, il est dit qu'Il chuta trois fois, alors que dans le film, Jésus tombe cinq fois; puis, Mel Gibson a confondu Sainte Marie de Magdala (ou Sainte Marie-Madeleine) avec la femme adultère, qui sont, normalement, deux femmes différentes, même si on pouvait qualifier Marie-Madeleine de femme adultère puisqu'elle était une prostituée. Ce sont les deux seules choses contre lesquelles j'avais quelque chose à dire, pour le reste, l'auteur reste fidèle aux Textes Sacrés, tout en y ajoutant quelques points de subjectivité, ce qui est parfaitement normal.
On a aussi entendu, en France uniquement, des critiques quant à l'antisémitisme du film. Pour ceux qui ne l'ont pas encore vu, je vous invite expressément à le voir (tout en vous y étant préparé auparavant, car même pour un athée, c'est une expérience difficile) pour vous prouver qu'il n'y a absolument rien de diffamant à l'égard du peuple juif dans le film. Alors certains ont souligné le fait qu'on les tournait de manière péjorative en tuant le Christ, sauf que, malheureusement pour eux, les faits sont là, les grands rabbins juifs sont à l'origine de la mort du Christ, puisque, pour eux, ce qu'Il disait était du blasphème. Je trouve leur réaction normale tout en étant condamnable, parce que j'aurais peut-être fait exactement la même chose si j'avais vécu à la même époque. Mais je vous le redis encore une fois, rien dans le film de Mel Gibson, mais vraiment absolument rien ne manque de respect aux juifs.
J'ai entendu aussi à de nombreuses reprises que c'était de la violence gratuite. Or c'est parfaitement faux. Les fictions comme Saw, comme La Colline a des Yeux, comme The Grudge, comme L'Exorciste, ces fictions sont effectivement de la pure violence gratuite, mais on ne peut absolument pas dire cela de La Passion du Christ. Ce film est un documentaire historique qui tend à montrer aux chrétiens du monde entier, qui commençaient à s'endormir un peu, tout ce que le Christ Jésus a souffert pour nous. Historiquement, l'existence de Jésus ne fait aucun doute, et je pourrai, si vous le désirez, vous indiquer des livres qui en traitent. Pas plus que les circonstances de sa mort. Les Romains exécutaient les condamnés à la peine capitale en les crucifiant, supplice parmi les plus horribles qui soit. Les tableaux anciens et les vitraux des églises, qui illustrent la passion de Jésus, le dépeignent bienheureux, en extase, rayonnant avec tout au plus un ou deux filets de sang. Ces représentations sont loin de la sinistre réalité de la crucifixion. Rappelons-nous que "Jésus le Christ a souffert cent fois ce qu'un homme pouvait souffrir", a été frappé, giflé et qu'on Lui a craché au visage pendant son simulacre de procès, qu'Il a été flagellé, humilié, qu'on lui a fixé une couronne d'épines sur la tête et qu'on la couvert d'un manteau rouge alors que ses plaies étaient à vif, qu'Il a été fouetté et forcé de porter la totalité de sa croix jusqu'au mont Golgotta et qu'Il a enfin fini par être crucifié et qu'on Lui a percé le côté. Alors il est vrai que la représentation propre et nette du Christ sur sa croix n'est pas très représentative des souffrances qu'Il a subi. Ceux qui ont vu le film de Mel Gibson " La Passion du Christ " s'accordent à dire que celui-ci illustre les souffrances du Christ avec un réalisme bouleversant. Il rétablit ainsi la vérité sur l'aspect sanglant et abominable de sa mort. Mais n'omettons pas de dire que des milliers d'hommes, et même d'avantage, ont connu eux aussi ce supplice odieux ! Si la violence est toujours condamnable, le véritable scandale est ailleurs.
La Passion du Christ ne fait pas partie de ces "blockbusters" hollywoodiens à grand spectacle. Ce film n'a fait l'objet d'aucune publicité volontaire et ne se veut absolument pas comme étant une fiction comme il se fait à la pelle chaque année. Si vous voulez voir ce film, n'y allez pas les mains dans les poches en vous disant que ce sera un film comme les autres, car vous aurez tord sur toute la ligne. Ce film relate des faits HISTORIQUES qu'un homme a réellement subis, et si vous n'y allez pas après vous être préparés, autant vous dire que cela ne sert à rien de le voir.
Concernant Jésus Lui-même, comme je vous le disais, Son existence et les conditions de Sa mort sont, d'un point de vue historique, des faits prouvés et sûrs. Ce qui l'est moins, c'est qui Il était... Etait-ce un imposteur, un illuminé, ou était-ce vraiment Le Fils de Dieu? Je vais ici tenter de vous apporter des éléments de réponses. Qu'Il ait été un fou ou un menteur, cela reste peu vraisemblable. L'Histoire a connu de grands mystificateurs mais aucun d'eux n'est allé jusqu'à la mort, surtout pas la mort cruelle de la crucifixion, pour accréditer sa propre imposture. Un mythomane, un illuminé n'aurait pas pu faire autrement que protester de son innocence à l'approche de la mort. Il aurait imploré grâce ou cherché à se défendre. Le Christ, Lui, est resté entièrement maître de ses propos, de ses sentiments, alors même qu'Il endurait ... le calvaire ! De même, les miracles relatés de la Bible et qui sont de Son oeuvre nous prouvent bien le contraire (en effet, plus nous avançons dans l'histoire, plus la Bible semble devenir un livre historique): comment un simple homme aurait pu avoir le pouvoir de guérir des lépreux, des aveugles, des paralysés, des malades mentaux, comme aurait-Il pu ressusciter un enfant mort depuis 3 jours, Lazare mort depuis 4 jours, ou comment aurait-Il pu donné du pain et du poisson à des milliers de personnes alors qu'Il n'en possédait à la base que 5 et 2? De même, au moment de Sa crucifixion, un orage subit se déclara, accompagné d'un tremblement de terre ainsi qu'un dernier fait extraordinaire: tous les morts de Jérusalem sont sortis de leur tombeau. Toute sa vie le Christ a déclaré être le Fils de Dieu. C'est ce dont Il a été accusé et ce pourquoi Il a été crucifié. Il a parlé, Il a aimé, Il a agi et Il a donné sa vie comme seul Dieu peut le faire. D'ailleurs, l' Évangile rapporte le détail suivant :
“ Voyant de quelle manière il était mort, l'officier romain, qui se tenait en face de Jésus, dit : - Cet homme était vraiment Fils de Dieu ! ” (Marc, 15; 39). De même, on vient de me dire que ce que j'ai énoncé ne faisait pas figure de preuves qu'Il était bien Fils de Dieu. Je demande bien pardon à la personne qui a posté cette objection, mais si, c'est bien une preuve. Comment un simple homme, s'Il n'avait pas été Fils de Dieu, aurait pu racheter nos péchés par Sa mort? Comment aurait-il pu ressusciter trois jours après sa mort s'Il n'avait été qu'un simple saint ou un quelconque prophète? De même, s'Il n'avait été rien de plus qu'un simple homme, comment aurait-Il réussi à rassembler autant de monde (encore aujourd'hui) autour de Sa vie, de Sa parole, autour de ce qu'Il a annoncé, autour des miracles qu'Il a exécuté? S'Il n'avait pas été le Fils de Dieu, comment aurait-Il pu savoir ce qu'il l'attendait? Car en effet, Jésus était parfaitement conscient de ce qu'Il allait subir, Il l'a dit et répété aux apôtres et à Sa Mère, au moment précis où Il rendit l'esprit, Il dit: "Tout est accompli". De même, parmi de nombreuses autres paroles dans les évangiles, on peut noter ceci, écrit dans l'évangile de Luc, au chapitre 18 et aux versets 32 et 33: "Le Fils de l'homme sera remis entre les mains des païens, on se moquera de lui, on l'insultera, on crachera sur lui. Et après l'avoir battu à coups de fouets, on le mettra à mort. Puis le troisième jour, il ressuscitera". C'est ce que Jésus annonça de Lui à ses apôtres.
Pour les croyants, j'entends aussi parfois que certains ne peuvent pas accepter le fait que Jésus DEVAIT mourir, c'est-à-dire qu'Il devait subir tous les outrages qu'Il a subit, c'est-à-dire aussi que ces personnes refusent l'existence du Plan Divin, car selon eux, ce serait une marque de cruauté et de méchanceté de Dieu qu'ils ne peuvent concevoir puisque Dieu est amour et bonté. Or, là où ces croyants se trompent, c'est qu'en disant cela, ils assimilent Jésus à un simple homme, comme nous autres. Or Jésus était bien plus que cela, Il était Dieu. Il était fils de Dieu au même titre que nous tous (puisque Dieu est notre Créateur), mais seulement dans sa matérialité. Il était Fils de Dieu et Dieu Lui-même car Il était l'incarnation de Dieu. Son corps était homme, mais son esprit était Dieu. "Dieu s'est fait homme". Il n'a pas engendré un autre homme, tel que nous, Il s'est créé un corps pour nous annoncer Ses volontés et la Bonne Nouvelle qui nous concernait, et nous concerne tous. Ces croyants voient en Jésus un pantin de Dieu qui devait souffrir pour nous sauver, c'est-à-dire que dans cette conception, Jésus était un martyr qui devait servir à sauver tous les autres. Mais c'est un raisonnement erroné: Jésus le Christ n'était pas un simple homme sous la domination de Dieu, Il était Dieu incarné, et cela rend encore plus beau Son sacrifice. Dieu n'a pas choisi un homme pour souffrir à Sa place et pour nous sauver du péché, Dieu s'est mis Lui-même dans la souffrance et dans la douleur pour nous racheter nos fautes, Dieu a souffert tout cela pour nous. Et cela devait se produire, comme les Ecritures de l'Ancien Testament le prédisait, et le Christ en avait conscience, Il l'a dit à de nombreuses reprises, Il l'annonça pendant la Sainte Cène: "En vérité, en vérité, je vous le dis, l'un de vous me livrera" (Jean, 13;21); et après l'avoir annoncé à de nombreuses reprises, lors de Son arrestation sur le Mont de Oliviers, Jésus Christ dit: "Judas, c'est donc par un baiser que tu livres le Fils de l'Homme." (Luc, 22; 48)
Je complèterai cet article aussi souvent que j'en éprouverai le besoin, alors tenez-vous éveillés. Je vous souhaite à tous une très bonne nuit.
In Christo Rege.
VDVRVF.

